Lune jaune (…)

de David Greig

2014

"Lune jaune, La ballade de Leila et Lee" est la rencontre improbable entre Leila la silencieuse et Stag-Lee le mauvais garçon, deux adolescents rejetés et stigmatisés, à l’existence fragile. «Peut-être que personne n’imagine ce que c’est d’être nous» Leila, sc.6

Lee vit seul avec sa mère Jenni, depuis que son père est parti quand il avait cinq ans en lui laissant pour seul souvenir une casquette. Lee rêve de faire fortune grâce au crime, de devenir, tiens, pourquoi pas le premier mac d’Inverkeithing ? Leila est «une bonne petite» mais son corps l’encombre, une jeune fille qui ne se sent exister que lorsqu’elle se passe une lame de rasoir sur le corps en rêvant aux célébrités de la presse people. Et Billy, le beau-père de Lee, voudrait offrir une bague à Jenni. Un mauvais départ, une erreur, un meurtre, et voilà Lee fuyant en plein hiver dans les collines hostiles, à la recherche de son père, avec Leila la silencieuse, et voilà Frank le garde-chasse qui les recueille, et voilà trois êtres perdus qui passent à ça de se trouver. Ou qui se trouvent. Et se perdent.

L’écriture de David Greig

La pièce est peu distribuée, c’est un poème choral dans lequel David Greig n’identifie pas toujours le narrateur. Les acteurs racontent autant qu’ils interprètent leurs personnages, sollicitant constamment l’imagination du spectateur. Ce théâtre-récit exclut toute dimension réaliste, il confère à l’histoire un caractère mythique ; dès lors l’espace de jeu devient un terrain de jeu, dans lequel la fiction est convoquée pour affronter le réel, et parfois le sublimer.

Comment mettre en scène l’ennui ?

David Greig est manifestement un auteur de théâtre très concerné par le plateau et ses résolutions. Pour preuve, le traitement des ellipses, socle d’un récit ininterrompu, gageur d’une continuité narrative sans passage au noir sur scène. Lune Jaune est pourtant une mémoire morcelée, l’émergence de souvenirs restitués en définitive – on le comprend au fur et à mesure – par le personnage de Leila. Nous accédons à cette histoire à travers le regard d’une jeune adolescente. Tout n’est peut-être pas l’exacte vérité. Peu importe. Leila est une rêveuse, une enfant qui compense la cruauté de son récit par l’utilisation de multiples procédés narratifs : cette fiction s’empare de la forme romanesque, du polar, du poème, de la chanson de geste, du rap, de la ballade, enfin. Elle parle de Lee, jeune homme impulsif et inconséquent, ressassant la douleur d’un abandon paternel. Tous deux ont en commun l’exclusion, l’oubli, l’ennui.

Baptiste Guiton

Durée
1h30
Traduction
Dominique Hollier
Mise en scène
Baptiste Guiton
Dramaturgie
Adrien Cornaggia
Avec
Émilie Chertier, Sébastien Quencez, Grégoire Isvarine, Jérôme Quintard et Tiphaine Rabaud Fournier
Création sonore
Sébastien Quencez
Chorégraphie
Pauline Laidet
Costumes
Gaëlle Viémont
Scénographie
Damien Schahmaneche
Lumière
Arianna Thöni
Son, vidéo
Clément-Marie Mathieu
Production
L'Exalté - Cie Baptiste Guiton
Coproductions
TNP de Villeurbanne et Théâtre 95 de Cergy
Soutien
DRAC Rhône-Alpes, Centre National du Théâtre et SPEDIDAM
"Une modernité d’écriture de théâtre que Baptiste Guiton a mise en scène avec tact. (...) Une légèreté souriante pour la narration que ceux-ci se passent comme un furet entre des scènes jouées en allant à l’essentiel. Un théâtre de mots et de comédiens dans un dispositif simple et ingénieux."
Les Temps Modernes, N°679, Gallimard, Micheline B. Servin
“Une écriture rendue limpide par une mise en scène qui semble l’épouser, la comprendre de l’intérieur : les comédiens jouent leur rôle, puis le quittent pour nous présenter les protagonistes, leur vie, nous expliquer ce qui se passe, notamment dans la tête des personnages, le leur ou un autre, décrire un espace, puis retournent dans la peau de leur personnage comme s’ils ne l’avaient jamais quitté."

Médias

Historique

12 - 22 févr. 2014

Théâtre National Populaire – Villeurbanne

20 - 22 mars 2014

Théâtre 95 – Cergy-Pontoise

28 - 30 avr. 2014

L’Aquarium – Cartoucherie de Vincennes