Nina : Presse et courriers

 «33 ans après sa création, en 1976, le Théâtre Exalté fait de nouveau entendre la pièce de Michel Vinaver. C’est par cet acte fondateur que cette compagnie naissante choisit de se structurer, se présenter. L’enjeu est donc, pour elle, tour à tour, symbolique et terriblement concret.

Comment s’emparer de l’esprit de modernité véhiculé par l’écriture, tout en rupture et césure, sans se réfugier dans le formalisme du seul respect de la partition de l’auteur ? Comment creuser les relations complexes des trois personnages sans basculer dans le psychologisme ? Comment déployer la poésie, si singulière, de cette pièce sans placer les protagonistes dans l’univers sociologique des années de l’écriture ? Bref, comment faire acte de sensibilité et offrir un acte théâtral ouvert à la rencontre, à l’émotion, à la fugacité ?Est-ce pour y parvenir que la scène de théâtre prend des allures de plateau de cinéma ? Est-ce pour cela que le metteur en scène, pendant les échanges, oriente notre regard comme un focal de caméra ?

Il y a, dans ce spectacle, une douceur et un sourire qui en renforcent l’énigme. Au contraire de lutter entre elles, l’évidence et l’opacité semblent jouer à cache-cache. Par cette proposition, Vinaver sort du laboratoire de recherche contemporaine pour entrer dans l’air de l’écoute, du plaisir des résonances et des équilibres fragiles. Tout sera accompli, dans la pudeur, la retenue, chacun dans sa violence dont il ne sait que faire, tant il craint de blesser l’autre. Ainsi, une nouvelle fois, nous assistons à la formation, déformation du Couple, pour lequel le chiffre 3 est bien une fatalité. Fatalité que ses interprètes saisissent dans le quotidien, la romance des jours qui passent.»

 

Jean-Pierre Jourdain,
directeur artistique du TNP de Villeurbanne

 

 

«[Cette] mise en scène de Nina, c’est autre chose opère une fusion peu courante : elle allie les vertus de la jeunesse - l’ardeur, la fraîcheur - et les marques d’un travail de maturité : rien de trop mais tout y est, l’ampleur (les grands horizons du monde dans le petit intérieur), l’acuité. Tout cela aboutit à la justesse de l’ensemble, et partant, à un charme profond. Les interprètent forment un trio magistral. Scénographie, costumes, lumières, musique, concourent à cette réussite.»


Michel Vinaver, lettre du 28 mai 2012

 

 

«Toute la partition dessinée par l’auteur est reçue sans mal, le trio d’interprètes mettant un soin particulier à faire entendre cette musique de chambre. On assiste à une patiente révolution du désir de soi chez deux frères coincés dans l’image de leur mère décédée, image que vient bousculer sans mal Nina, la jeune amoureuse du premier. C’est un trio balancé entre actualisation des rites et appel aux morts qui s’élance alors dans les méandres du vivre, du sentir et du faire. Il émane une belle tendresse du jeu des comédiens, une forte impression de cohérence au plateau.»

 

Critique par Guillaume Malvoisin, Le Bien public, 29 mai 2012

 

 

«J'ai beaucoup aimé le trio formé par les comédiens ; la complicité dont il font preuve est très touchante, très subtile (ou l'inverse !). La pudeur avec laquelle ils vivent leur histoire d'amour est très belle, presque cinématographique (est-ce réellement un argument ?!!!) je veux dire par là que cette pudeur n'éloigne pas le spectateur et  rend palpable l'intensité de cette relation. Il y avait quelque chose dans cette ambiance de César et Rosalie ou des Choses de la vie de Sautet : une forme d'élégance qui ne serait pas hautaine, une vraie élégance.»

 

Juliette Soulat, Les Souffleurs de mots, 29 mai 2012